Les critères du trouble addictif
Aujourd'hui @ 21-03-2007 21:03:36

Bonjour à tous,

Il arrive souvent que de nouvelles personnes s'inscrivent sur le site et font un premier "post" dans lequel elles se demandent si elles sont dépendantes sexuelles. Je sais alors que certains les redirigent sur le site de Orroz.net et leur recommandent de s'administrer le test.
En complément à cette information, j'ai trouvé récemment un liste de critères que les psychologues utilisent aux USA pour déterminer si quelqu'un a développé un trouble addictif. Cette grille a été proposé par Godman en 1990. Je vous la retranscrit ci-dessous en pensant que cela pourrait être utile. J'irai éventuellement la déposer dans le wiki.

CRITÈRES DU TROUBLE ADDICTIF (associé à un comportement):
a) Impossibilité de résister aux impulsions à réaliser le comportement;
b)Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du comportement;
c)Plaisir ou soulagement durant la durée du comportement;
d)Sensation de perte de contrôle pendant le comportement:
d)Présence d'au moins cinq des neufs critères suivants:
d-1) Préoccupations fréquentes au sujet du comportement ou
de sa préparation;
d-2) Intensité et durée des épisodes plus importantes que
souhaitées à l'origine;
d-3) Tentatives répétées pour réduire, contrôler ou
abandonner le comportement;
d-4) Temps important consacré à préparer les épisodes,
à les entreprendre, ou à se remettre de leurs effets;
d-5) Survenue fréquente des épisodes lorsque le sujet doit
accomplir des obligations professionnelles, scolaires
ou universitaires, familiales, sociales;
d-6) Activités sociales, professionnelles ou de loisirs
majeures sacrifiées du fait du comportement;
d-7) Persévérance du comportement bien que le sujet sache
qu'il cause ou aggrave un problème persistant ou
récurent d'ordre social, financier, psychologique ou
physique;
d-8)Tolérance marquée: besoin d'augmenter l'intensité ou
la fréquence pour obtenir l'effet désiré, ou diminu-
tion de l'effet procuré par un comportement de mêmne
intensité;
d-9) Agitation ou irritabilité en cas d'impossibilité de
s'adonner au comportement;
f)Certains éléments du syndrome ont duré plus d'un mois ou se sont répétés pendant un période plus longue.

Voilà

Salutations à tous.
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Re: Les critères du trouble addictif
John Warsen @ 21-03-2007 22:03:53

ah oui, on peut recouper ça avec Loonis (extrait de la gestion hédonique) :

Il existe huit signes qui doivent nous permettre de reconnaître une addiction (certains de ces signes recoupant les cinq utilités des addictions, voir à la suite) :
1) Soulager une souffrance : souvent une addiction sert à se protéger d’un malaise intérieur, cacher une dépression, un mal de vivre, une angoisse.
2) Se donner du plaisir : bien qu’elles fassent parfois souffrir après coup, sur le coup, les addictions apportent du plaisir, parfois beaucoup de plaisir, parfois le seul plaisir dont on soit capable.
3) Ressentir un manque : typiquement, tant qu’on peut se livrer à une addiction, on ne ressent pas la dépendance ; « j’arrête quand je veux », on le dit, mais on se garde bien
de le faire, car c’est à ce moment-là qu’apparaîtra le manque, cette souffrance insupportable que cache l’addiction.
4) Ne plus sentir les mêmes effets aux mêmes « doses » : une stimulation se répète et cette répétition crée une usure du plaisir, du soulagement ; on s’habitue et on ne ressent
plus rien d’excitant.
5) Avoir besoin de toujours plus : aussi, on a besoin, typiquement, d’augmenter la « dose », pour ressentir les mêmes effets qu’avant, avant l’usure ; mais c’est une course
perdue d’avance, l’usure nous rattrape toujours (les items 4 et 5 sont la « tolérance »).
6) Perdre le contrôle de ce que l’on fait : aussi, on finit par déraper, exagérer, perdre le contrôle, on est « accro », « esclave », l’addiction nous tient et ne nous lâche plus ; on
parle alors de saillance (l’activité addictive devient la chose la plus importante dans notre vie de tous les jours, elle occupe nos pensées, nos sentiments et nos comportements).
7) Vivre des conflits : cette activité pose des problèmes et génère des conflits : avec notre entourage qui trouve d’abord bizarre cette passion, puis qui finit, d’une façon ou
d’une autre, par en souffrir (négligences, pertes financières, problèmes légaux...), ce sont les conflits externes ; conflits aussi avec nous-mêmes (internes) qui prennent figure
de sentiments de contrainte, de perte de liberté, perte de contrôle, de baisse de l’estime de soi, de persistance ou d’aggravation de la souffrance psychique alors que l’activité
addictive était destinée à l’éliminer.
8) Le combat et les rechutes : cette activité générant une souffrance et une désadaptation (conflits), fait l’objet d’une lutte de la part de l’individu pour « arrêter »,
être « abstinent » ; ce combat est toutefois émaillé de nombreuses rechutes avec le rétablissement rapide et complet du comportement addictif. Cette rechute peut survenir
après de nombreuses années d’abandon de l’activité addictive (donc sans symptôme de
manque), sur la base d’une conjonction entre une situation de vulnérabilité (élévation momentanée de la souffrance psychique liée à un stress) et l’apparition soudaine de
signaux associés antérieurement à l’addiction (par exemple, la vue de farine va rappeler l’héroïne, l’entrée dans un bar l’alcoolisation, la rencontre fortuite avec un enfant la
pédophilie addictive).
Si l’on y regarde de plus près, il est bien étrange de voir tous ces gens qui refont tous les jours, souvent plusieurs fois par jour, les mêmes actions : allumer une cigarette, boire un
verre d’alcool, téléphoner à sa copine, zapper sur sa télévision, se bagarrer dans la cité, sortir en boîte de nuit, faire des sales coups, se shooter à l’héroïne, se masturber ou faire l’amour... Mais alors, à quoi les addictions peuvent-elles bien servir ?
Les addictions servent à cinq choses (qui, pour certaines, recoupent les huit signes de reconnaissance d’une addiction, voir précédemment) :
1) Soulager la souffrance : oublier ses soucis, ne pas être triste, fuir l’ennui et passer le temps, ne pas sentir la déprime, le stress, l’anxiété, ne plus angoisser.
2) Avoir du plaisir : le plaisir des sensations, des sensations fortes, de la distraction, de la découverte, des émotions, de se donner ou de s’adonner à quelque chose, de planer, ou de s’éclater.
3) Se détendre (éviter les stimulations) : planer sur la musique, se sentir bien avec des amis, oublier ses tensions dans un bon roman, s’endormir devant la télévision.
4) S’exciter (rechercher les stimulations) : s’éclater sur les rythmes de la musique Techno, enfreindre des interdits, faire la fête, chercher la bagarre, assister à un match de
foot, se faire peur accroché à une falaise ou en sautant à l’élastique.
5) Enrichir les apprentissages et les compétences : avec une passion, une pratique, une discipline, apprendre des choses, acquérir des savoir-faire, des habiletés. En ce sens,
certaines addictions peuvent avoir une utilité sociale.
Pour nous résumer, les addictions concernent toutes les activités humaines destinées à servir la gestion hédonique. La gestion hédonique représente un besoin de régulation
psychologique (l’humeur, les états d’esprit, les émotions) dont l’être humain est naturellement dépendant, pour soulager sa souffrance, se donner du plaisir, se détendre
ou s’exciter. Certaines activités répétitives, de type addictif, peuvent aussi servir les apprentissages et l’acquisition de compétences. A ce niveau la dimension hédonique n’est jamais absente, car les travaux sur l’apprentissage ont depuis longtemps montré les
liens entre plaisir et apprentissage efficace : avoir du plaisir en apprenant facilite et renforce l’apprentissage, ce qui rend, en retour, l’apprentissage lui-même une chose
agréable.
Les activités addictives peuvent comprendre des consommations de substances psychoactives ou des comportements générant une activation cérébrale (par les
substances endogènes fabriquées par le cerveau lui-même). Ces activités addictives peuvent être spécialisées pour la gestion hédonique (par exemple, les consommations
d’alcool, de tabac, les jeux, les distractions...) ou être des activités adaptatives, pragmatiques, utilisées secondairement pour leur valeur hédonique (par exemple, le
travail, les études, la sexualité...).
Les addictions peuvent avoir un caractère non pathologique (les addictions de la vie quotidienne – Loonis, 1997a, habitudes, modes de vie, rituels familiaux, culturels) et
réaliser un équilibre dans la vie de la personne ; ou bien avoir un caractère pathologique (apparition de forts phénomènes de manque, de tolérance, de conflits, de perte de
contrôle, d’hyper saillance, de rechute). En synthèse, il est possible de proposer une première définition de l’addiction :
L’addiction est n’importe quelle activité humaine, utilisée pour sa valeur hédonique, sur un mode plus ou moins déséquilibré.
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Re: Les critères du trouble addictif
Aujourd'hui @ 22-03-2007 01:03:22

Bonjour John,

Je te remercie d'avoir pris le temps de transcrire ce texte de Loonis. Il complète très bien celui de Goodman que j'ai d'ailleurs pris dans l'ouvrage même de Loonis. Depuis plusieurs années j'ai beaucoup lu, en plus des quatre thérapies que j'ai entreprises, pour essayer de comprendre comment j'en étais arrivé là, et c'est Loonis que j'ai trouvé le plus éclairant. Toutefois j'ai compris que comprendre ne suffit pas et c'est vraiment avec le 4e psychologue que je vois maintenant depuis 10 mois que j'agis. Je ne "compulse" plus depuis 3 mois mais je porte encore en moi cet ennui, ce trouble intérieur auquel fait allusion Loonis et je sais que j'ai encore beaucoup à apprendre.

Etre bien dans son être, être joyeux, c'est le travail d'une vie.

C'est la grâce que je te souhaite, que je vous souhaite de tout coeur (pour parodier les sermons des curés de mon enfance.... :-)
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