Dépendance sexuelle

Version complète : Coincé entre l'envie d'aider et le besoin de me reconstruire
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Bonjour,

Je me présente même si c'était déjà un peu fait dans la présentation de membre.
On m'appelle Bear, j'ai 33 ans et je vis en région parisienne. Je suis en couple avec un homme, Wolf, qui a 47 ans. Nous ne vivons pas encore ensemble car nos situations ne nous le permettent pas. Nous sommes très amoureux, complices (jusqu'à un certain point), avons beaucoup d'humour. Nous aimons faire les choses ensemble, et aussi ne rien faire mais toujours ensemble Smile

J'ai appris il y a un peu plus d'un mois qu'il était dépendant. Je l'ai toujours soupçonné, car il avait déjà une forte activité sexuelle avant qu'on sorte ensemble. Il est accroc aux rencontres sexuelles où il est soumis, où il peut se lâcher sur son fétichisme des chaussures, de certains métiers (policier/pompier/agent de sécu), de blacks/maghrébins (je suis caucasien).
Il va chasser sur différentes applications de rencontre comme Grindr ou Beuronline, ou sur des chats de rencontre comme Coco. Il utilise beaucoup de poppers mais n'y semble pas accroc. Il est aussi un acheteur compulsif pour à peu près tout mais essentiellement des chaussures (plusieurs dizaines voire centaines chez lui). Je le soupçonne d'avoir également un léger syndrome de Noé qu'il ne veut pas admettre (il est Famille d'accueil d'une quarantaine de chats chez lui). Bref, il est compulsif pour beaucoup de sujets.
Le déclencheur : quand il est stressé, anxieux, énervé. Cela à un effet logique d'apaisement, qui ne dure pas...

Au début de notre relation, nous avions gardé un peu les applis. Je m'en suis vite désinscrit. Et, ayant toujours voulu être en couple exclusif, j'avais demandé à Wolf de s'en désinscrire aussi, ce qui, semble-t-il, avait été fait. Il y a 2 ans, un pote à moi l'a vu sur Grindr. Il l'a alors "forcé" à m'en parler. Wolf m'a plutôt dit que quelqu'un avait usurpé son identité. Malgré de forts doutes, j'avais choisi de le croire.
Entre temps, notre activité sexuelle en couple a drastiquement et rapidement chuté, malgré mes demandes. Il me disait qu'il n'avait plus envie du tout de sexe car il était amoureux, et surtout à cause d'une hernie au bas-ventre. Résultat, une pipe par an, pas de sodomie depuis 3 ans.
Je m'y étais plus ou moins fait, et j'ai fait une croix sur le sexe, me "soulageant" de manière solitaire.
Malgré tout le doute planait. Et quand je lui en ai parlé quelques fois, il a reporté sa culpabilité sur moi, me disant que si je ne lui faisais pas confiance, il valait mieux s'arrêter là.

Perso, j'ai un terrible déficit de confiance en moi. Ce genre de discours et les découvertes récentes ont bien sûr aggravé mon cas.

J'ai accès à la quasi-totalité de ses mails (ce qui me fait penser qu'il cherchait à se faire repérer). Un jour, à la recherche d'un mail anodin, j'ai découvert qu'il achetait du poppers. Cela m'a intrigué car c'est plutôt quelque chose qu'on n'utilise pas seul. J'ai un peu fouillé, et j'ai découvert de fil en aiguille qu'il était sur plusieurs applis. Je lui en ai parlé, et, à force de discussion et de mensonges à défaire (par honte, j'imagine), au bout de plusieurs jours, il m'a avoué qu'il avait des rencontres régulières avec un tas de garçons, qu'il avait une application de numéro de téléphone secondaire, etc. Les premiers réflexes qu'il a eu a été de me porter une partie de la responsabilité : j'avais grossi, je sentais mauvais, ma mère était trop présente, je le castrais en disant que j'avais fini par faire une croix sur le sexe...

Comme beaucoup de codep, mon univers s'est effondré. Je découvrais un homme qui m'était en partie inconnu, dont je pensais tout savoir, dont je pensais avoir une confiance absolue. Je suis tombé dans une sorte de dépression, avec des crises d'angoisse, de larme, de colère. Je me suis senti trahi par de la tromperie, des mensonges, de la culpabilité et un sentiment de délaissement.

Mon premier réflexe a été d'agir (je m'en suis étonné !) : sur mon poids, les odeurs et mes angoisses. Je n'ai pas voulu le quitter, ne sachant pas quoi faire.
On a tout de suite parlé d'addiction. Etant d'une grande empathie, j'ai très vite compris les bases. N'étant pas non plus à sa place, j'étais quand même très confus, je lui ai reproché pas mal de choses. J'ai encore un peu de mal à éviter les réflexions.

Je ne suis pas encore convaincu à 100% de réussir à passer ces étapes. Aujourd'hui par exemple, je sais qu'il est stressé et triste, et je ne suis pas avec lui. Je pense qu'il est en train de faire un plan au moment où j'écris. C'est aussi possiblement faux. Je me demande encore si je peux l'aider ou si ça va me casser en passant.

Depuis ces révélations (qui ont continué de semaine en semaine, tout n'a pas été dit d'un coup), il est chez moi 2j/3, ce qui est beaucoup plus souvent qu'avant. Quand il est avec moi, il est apaisé. Il m'assure ne pas chatter quand je suis là (j'ai encore du mal à croire tout ce qu'il me dit).
On vit des moments sympas la plupart du temps mais des fois je refais des crises d'angoisse.
Quand on aborde le sujet, si ça concerne mes angoisses, il se braque très rapidement, me reprochant de lui mettre la pression. Je pense que sa culpabilité est trop importante là dessus. J'évite donc de lui parler de mes craintes. J'ai beaucoup de mal avec cette partie, car il est pour moi mon amour, mon meilleur ami et mon confident.

Nous avons repris certaines activités sexuelles (sauf la sodo, il a toujours des problèmes pour ça... je ne sais pas si c'est volontaire ou si c'est une réaction de son corps, ou si je psychote.)
Néanmoins, j'ai énormément de mal quand on ne le fait pas. J'ai ce sentiment de délaissement qui me revient à la figure.
J'ai tenté d'être un "couple libre", pensant que c'était une bonne solution. Je ne suis pas à l'aise avec les plans cul, et j'ai l'impression que ça ne lui fait pas du bien. Pire, j'ai l'impression de lui donner une croyance supplémentaire ("Bear a des plans cul je peux en avoir" - ce qui est logique dans un sens) pour qu'il puisse passer à l'acte et que ça ne l'aide pas. Or son objectif est d'arrêter son addiction. (enfin là dessus ce n'est pas encore bien établi : arrêter ou contrôler ?)

J'ai commencé à lire Sexe sans contrôle : Surmonter l’addiction de François-Xavier Poudat et Marthylle Lagadec qui m'a beaucoup appris sur le sujet et qui j'espère aidera Wolf.

De son côté, il a commencé à voir un psy. J'ai du mal avec l'idée que ce soit si lent (une séance par mois) et qu'il ne fasse rien d'autre. (j'aurais aimer qu'il se fasse dépister, qu'il consulte pour ses problèmes de dos, etc) mais j'ai compris que ce n'était pas si "lent", que c'était déjà un bon changement et qu'il fallait l'encourager et non le pousser trop. C'est juste qu'avec les reproches qu'il m'a fait, j'ai tellement bossé de mon côté que ce rythme de croisière me fait peur...

J'ai trouvé des personnes à qui en parler (ma meilleure amie et ma sœur) et qui sont sans jugement. J'ai ma psy. Mais j'aurais aimer en parler avec des gens qui vivent/ont vécu ça. J'ai cherché des groupes de parole pour les codeps mais rien de concluant.

Heureusement, il y a ce forum !
J'espère maintenant ne pas y être addict... :-)

Merci de m'avoir lu !
Salut Bear,
Je vais être courte aujourd'hui parce que je rentre a peine du taf, je suis fatiguée, mais je voulais au moins te souhaiter bienvenue sur le forum.
Est-ce que vous avez pensé a faire une thérapie de couple? Tu as besoin qu'il entende tes angoisses tout comme tu es à l'écoute de ses blocages, et s'il est sur la défensive quand vous êtes seuls, peut-être qu'avec un médiateur il comprendra que c'est ton problème, pas une accusation contre lui. 
Être codependant, c'est certes vivre la dépendance par procuration, mais aussi et surtout être dépendant affectif envers son compagnon. Garde ça en tête, parce que vu ce que tu nous écris tu risques de tout lui laisser passer par peur de le perdre alors qu'en faut tu vas t'enfoncer toi meme dans la dépression, ou la dépendance à la masturbation, puisque tu dis toi meme que tu en as besoin pour te soulager.
Bon courage,  on est la, tu n'es pas seul
Bonsoir Ekeiloh et merci beaucoup pour ton message,

C’est vrai qu’une thérapie de couple, j’y avais déjà pensé.
Je voulais lui en parler une fois qu’il avait fait sa deuxième séance de psy.

Concernant la dépendance à la masturbation, en me renseignant, je me rends compte que je suis peut-être un peu dépendant à la pornographie. J’ai d’ailleurs lu quelque part que il y a un schéma entre les dépendants. La preuve tu me parles de dépendance affective, une dépendance à laquelle je suis depuis très longtemps Mais qui ne me posait plus souci quand j’avais été pendant de nombreuses années célibataire. mais qui ne me posait plus souci quand j’avais été pendant de nombreuses années célibataire. J’ai aussi été dépendant aux anxiolytiques, et je m’en suis défait et je pense par la même occasion à la pornographie. Mais c’est quelque chose qui a toujours un risque de revenir.

Merci pour ta dernière phrase, elle est dans un très grand soulagement
Oui effectivement,  c'est un risque. On n'est jamais non-dépendant apres ça,  mais toujours un ex-dépendant qui doit être très prudent.
C'est vraiment au jour le jour toutes ces interrogations. J'ai repéré son profil sur Grindr. Est-ce que je vaux mieux à me faire un faux compte caché pour l'espionner ? Je me fais du mal à le voir être connecté toute la journée quand il n'est pas avec moi. Est-ce que je lui en parle ? Est-ce que je lui laisse le temps de m'en parler ?
Je pense qu'il sait que je sais. Il m'envoie régulièrement des photos d'où il est. Seulement je ne le crois pas. Il me partageait des trucs pour me prouver qu'il ne faisait rien même quand il faisait quelque chose.
Être dans l'attente est difficile Sad
J'ai aussi mes propres doutes sur mes addictions qui s'ajoutent. Elles me semblent moins graves, moins problématiques, moins douloureuses pour moi et les autres et surtout moins importantes.

Voilà, je ne sais pas s'il y a des solutions toutes faites, ou juste de la patience à avoir.
Il ne t'en parlera pas. Ou alors pour "t'endormir", pour te dire qu'il est honnete et te faire culpabiliser. 
Le fait de faire un faux compte pour l'espionner est tout a fait comprehensible dans le cadre de ta dependance affective. Bien sur, je pourrais te dire que tu te fais du mal, que ca ne sert a rien puisque tu sais deja qu'il deconne etc, mais dja tout ca tu le sais probablement, et puis la tu en as besoin. 

Ce qu'il faut que tu te mettes dans la tete, 'est que ce n'est pas toi qui va guerir SES dependances. En revanche il n'y a que toi qui pourras guerir les tiennes. Et au plus tot tu commenceras a bosser dessus, au plus tu auras de chances de t'en sortir. Tu ne regleras pas ses problemes, et en justifiant tes dependances par les siennes, au final tu as le meme discours que lui: "c'est a cause de toi, c'est toi qui me pousses a faire ca".
Prendre tes responsabilites sur tes propres problemes te permettra d'avancer, et au passage de lui montrer que toi, tu te prends en main, et qu'il devrait en etre capable aussi.
Merci encore Ekeiloh pour ce message.
C'est un peu "dur" à lire car tu dis des choses logiques mais qu'on n'a pas envie de lire...

J'ai une question qui me taraude :
Quand on reste avec un dépendant, tout en souffrant, on est quasiment sûr d'être dépendant affectif. C'est logique.
Mais quand on veut s'en sortir, alors quoi... On fait sevrage de sa dépendance ? Et on passe par un éloignement, donc forcément rupture ?
Oui je sais, j'ai tendance à dire les choses qui fâchent et à appuyer là où ça fait mal. C'est peut-être pour ça que je n'ai pas d'amis d'ailleurs ^^

Faire sevrage ne passe pas forcément par une rupture, même si c'est vrai, l'éloignement physique est quand même plus facile. 
Le fait de vouloir s'en sortir ne suffit malheureusement pas à s'en sortir. Sinon le forum n'existerait pas: j'en ai marre, je veux arrêter, pif paf pouf c'est fini. Il faut voir ce que tu peux supporter ou pas, mais il faut surtout que tu fasses ta vie, et que tes intentions soient saines. Il faut en fait presque arriver à ''s'en foutre'' de ce qu'il fait. S'il te demande de l'aide, cool, tu es là pour lui et si ça ne t'enfonce ou t'humilie pas, OK, tu peux l'aider. Mais c'est un adulte. Tu ne peux pas décider de l'aider contre son gré. Tu peux lui dire qu'il déconne, que ça te fait du mal et que maintenant tu vas prendre soin de toi. Mais lui imposer des trucs à lui alors que toi même tu ne t'occupes pas de ta dépendance est tout a fait inutile voire même contre productif. 

Et puis un signe qui ne trompe pas: ton pseudo fait penser à une grosse peluche et celui que tu lui donnes fait penser à un prédateur. Fais gaffe à ne pas te faire bouffer...
Ha mais j'agis !
Aujourd'hui, je me suis limité à une fois par heure d'aller sur Grindr (pour le voir connecté), demain je pense que je ferai toutes les deux heures et je me mettrai en télétravail pour "compliquer" la chose.
Je vois une psy pour me calmer les nerfs, et j'ai pris rendez-vous avec une psy sexologue spécialiste (Mme Lagadec) qui consulte pour "aider l'entourage", et voir si je peux pas calmer d'autres trucs (porno, bouffe, affectif...).

Je me fais clairement bouffer. Pour le coup, ce n'est pas de sa faute à lui, je me mets en position pour me faire bouffer. Un peu comme de l'humiliation TMTC
XD RPZ team humiliation. 

C'est bien, tu avances. Déjà repérer tes comportements de dépendant c'est super, et les espacer ça va t'aider. Allez, t'es sur la bonne voie !
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